Il y a des acteurs que l'on reconnaît avant même de retrouver leur nom. Des visages qui habitent les séries sans les écraser, qui donnent de la densité à chaque scène sans jamais voler la vedette à l'histoire elle-même. Delphine Serina était de ceux-là. Une présence évidente, naturelle, que des millions de téléspectateurs ont accueillie dans leur salon pendant plus de deux décennies sans nécessairement réaliser à quel point elle comptait, jusqu'au jour où elle a disparu. Ce jour-là, un dimanche d'avril 2020 en plein confinement, le monde audiovisuel français a perdu bien plus qu'une actrice populaire. Il a perdu une artiste complète, une femme de conviction, et un talent que la maladie a éteint dans le silence le plus total.
Sommaire
Une Parisienne aux racines multiples, formée à l'excellence
Delphine Serina : Le cinéma d'abord, la télévision ensuite
La télévision, son terrain de prédilection
Une plume discrète mais ambitieuse
Delphine Serina malade : Le cancer combattu en silence
Une vie privée soigneusement gardée
Une Parisienne aux racines multiples, formée à l'excellence
Delphine Serina naît le 6 mai 1970 dans le 8e arrondissement de Paris. Elle grandit non loin de la Butte Montmartre, dans un foyer où se mêlent deux univers bien distincts : les origines siciliennes de son père et l'ancrage auvergnat de sa mère. Cette double culture, ce goût naturel pour la nuance et pour les entre-deux, façonnera peut-être de façon invisible sa façon d'incarner des personnages qui ne sont jamais tout à fait simples, jamais réductibles à une seule dimension.
La vocation pour le théâtre se révèle tôt et elle choisit d'y répondre sérieusement. Elle intègre l'ENSATT, l'École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre, alors établie rue Blanche à Paris, l'une des formations les plus exigeantes qui soit dans le domaine du spectacle vivant en France. On y apprend la voix, le corps, le texte, la technique, mais aussi cette chose moins définissable que l'on appelle la présence scénique. Delphine Serina la développe avec méthode et patience, et en ressort avec un bagage solide qui lui permettra d'aborder tous les registres sans jamais sembler en difficulté.
Ce n'est pas tout. Quelques années plus tard, elle pousse la porte de La Fémis pour y suivre l'atelier scénario pendant une année entière. Ce choix en dit long sur sa façon d'envisager le métier : non pas comme une simple exécution de textes écrits par d'autres, mais comme un territoire à explorer dans toutes ses dimensions, y compris celle de la création pure.
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Delphine Serina : Le cinéma d'abord, la télévision ensuite
Ses premières années professionnelles la voient naviguer entre la scène, le plateau de cinéma et les tournages télévisés avec une aisance qui ne s'acquiert que dans les écoles vraiment sérieuses. En 1996, le réalisateur Élie Chouraqui lui offre une apparition dans Les Menteurs, et c'est par cette porte que le grand écran entre dans sa vie. Elle y retrouvera par la suite des cinéastes aussi différents que Jean Becker, Michel Blanc ou Étienne Chatillez, et partagera l'affiche de films comme Tanguy, Embrassez qui vous voudrez ou Deux jours à tuer.
Au cinéma, Delphine Serina occupe souvent des rôles de second plan, mais elle leur confère une profondeur qui dépasse largement leur fonction narrative. Elle n'est jamais un meuble dans une scène. Elle apporte quelque chose, une résistance, une chaleur, une légèreté ou une tension selon ce que le récit réclame, et l'on sent chaque fois que quelqu'un de vraiment formé habite le personnage. Elle a même partagé le plateau avec des légendes comme Alain Delon et Claudia Cardinale, des rencontres qui forgent et que l'on n'oublie pas.
Mais c'est la télévision qui va véritablement lui ouvrir les portes du grand public.
La télévision, son terrain de prédilection
Delphine Serina : avocats et Associés, le rôle qui l'installe durablement
En 2004, Delphine Serina rejoint le casting d'Avocats et Associés, la série judiciaire de France 2 qui constitue alors un rendez-vous incontournable pour des millions de téléspectateurs. Elle y incarne Élisabeth Vieville, une avocate déterminée, complexe, jamais tout à fait prévisible. Pendant six saisons et près de soixante épisodes, elle habite ce personnage avec une constance et une justesse qui lui valent une reconnaissance nationale solide. Le public s'y attache, les critiques la remarquent, ses partenaires de jeu l'apprécient.
Ce rôle aurait pu devenir un enfermement confortable. Elle refuse cette logique. Entre les tournages de la série, elle continue d'explorer d'autres univers, d'accepter des projets très différents, de refuser la répétition facile que la notoriété aurait pu légitimer.
Une présence constante dans les séries françaises
La filmographie télévisuelle de Delphine Serina est à la fois diverse et cohérente. De 2008 à 2010, elle tient un rôle récurrent dans Famille d'accueil, incarnant Élise, l'ancienne compagne du personnage principal, avec toute la complexité émotionnelle que cette situation particulière exige. On la retrouve aussi dans des séries aussi populaires que Commissaire Moulin, Joséphine ange gardien, Diane femme flic, Fais pas ci fais pas ça ou encore Mes amis mes amours mes emmerdes. Autant de productions différentes, autant de preuves qu'elle sait s'adapter, surprendre, recommencer sans jamais donner l'impression de se répéter.
Un si grand soleil : un dernier chapitre plein de vie
Dans les derniers temps de sa carrière active, Delphine Serina rejoint l'équipe du feuilleton quotidien Un si grand soleil sur France 2, dans le rôle de Bérénice Paré, personnage associé au monde des affaires montpelliérain. Même dans ce format au rythme effréné, même dans un rôle de guest qui ne lui laisse pas beaucoup d'espace, elle s'impose avec naturel. Ses partenaires de jeu se souviendront de son énergie communicative, de sa générosité sur le plateau, de cette façon qu'elle avait de rendre chaque prise plus vivante.
Lorsque son décès est annoncé, l'équipe de la série lui rend hommage publiquement, soulignant la chance qu'ils ont eue de travailler à ses côtés. Ce genre de réaction spontanée, venue de collègues qui n'avaient partagé que quelques semaines de tournage avec elle, dit beaucoup sur la qualité humaine de la comédienne.
Une plume discrète mais ambitieuse
Ce que la plupart des gens ignoraient, c’est que Delphine Serina n’était pas uniquement interprète. Elle écrivait. Sa formation à l’atelier scénario de La Fémis n’était pas une curiosité anecdotique, c’était le signe d’une ambition créatrice bien réelle. Elle développait des projets pour le cinéma et pour la télévision, construisait des histoires depuis l’intérieur, avec cette compréhension intime de ce que les acteurs ont besoin pour exister pleinement dans un texte.
Delphine Serina : toujours plus de projets
Le projet qui lui tenait le plus à cœur s'intitulait Mon île à moi. Elle en était à la fois la scénariste et l'héroïne prévue, racontant le parcours d'une chanteuse embarquée dans une tournée de la dernière chance, entre espoir épuisé et désir de continuer quand même. Quelque chose entre le road movie et le portrait de femme qui ne renonce pas. Ce projet est resté inachevé. Sa disparition l'a figé dans cet état de promesse non tenue qui rend sa perte encore plus douloureuse à mesurer.
Elle aidait par ailleurs d'autres auteurs dans leur travail, participait aux discussions sur l'état de la narration sérielle française, apportait son regard d'actrice aux projets des autres avec générosité et sans chercher à s'y imposer. Son influence sur ceux qui l'ont côtoyée dans ces cercles créatifs reste sensible, même si elle n'a jamais fait l'objet d'une reconnaissance publique à la hauteur de ce qu'elle méritait.
Delphine Serina malade : Le cancer combattu en silence
C'est sans doute la dimension la plus bouleversante de l'histoire de Delphine Serina. Pendant des mois, elle a mené un combat contre le cancer sans en souffler mot à personne en dehors de son cercle le plus intime. Pas de communiqué, pas de prise de parole publique, pas même un signe discret qui aurait pu laisser entrevoir la réalité de sa situation. Elle a continué à travailler autant que ses forces le permettaient, à paraître souriante et disponible sur les plateaux, à protéger ceux qu'elle aimait de la lourdeur de ce secret.
La nature exacte de ce cancer n'a jamais été rendue publique, et c'est tout à fait conforme à la façon dont elle a toujours envisagé sa vie personnelle : comme une sphère séparée, précieuse, que la notoriété n'avait pas à coloniser. Ce choix n'était pas de la pudeur par défaut ni une peur du jugement. C'était une décision consciente, celle d'une femme qui refusait d'être réduite à sa maladie, qui voulait rester perçue comme une artiste jusqu'au bout plutôt que comme une patiente.
Serina Delphine : l’annonce du décès
C'est son agent, Danielle Gain, qui a transmis l'annonce à l'AFP en quelques mots sobres, confirmant le décès survenu dans le 5e arrondissement de Paris le 19 avril 2020. La nouvelle tombe en plein confinement, dans un pays déjà saturé d'inquiétude et de deuils collectifs. Elle provoque néanmoins une onde de choc réelle dans le monde du spectacle, une surprise mêlée de culpabilité, cette sensation que l'on n'a pas su voir, que l'on aurait dû deviner.
François-Éric Gendron, son partenaire de longue date dans Avocats et Associés, lui rend hommage avec des mots qui disent à la fois l'amitié et l'admiration. Joffrey Platel, autre complice des plateaux, salue une actrice généreuse et une femme adorable disparue bien trop tôt. Virginie Lemoine, amie proche, exprime une tristesse profonde et personnelle. Ces témoignages ont en commun leur sincérité, l'absence de formules creuses, la sensation qu'il ne s'agit pas de politesse professionnelle mais de vraie douleur.
Une vie privée soigneusement gardée
Delphine Serina était mère d'un fils prénommé Giacomo, né de sa relation avec le réalisateur Franck Buchter. Elle avait toujours tenu cette part de sa vie à l'abri des projecteurs avec une détermination tranquille, protégeant les siens sans jamais que cela ressemble à une posture ou à une stratégie de communication. C'était simplement sa manière d'être, la même cohérence entre l'intérieur et l'extérieur que l'on retrouve dans sa façon d'aborder le jeu : sans ostentation, sans calcul apparent.
Giacomo a témoigné de leur lien sur les réseaux sociaux, à l'occasion d'un anniversaire posthume, avec des mots d'une sobriété bouleversante. Il y décrit une mère pleine de vie, chaleureuse, irremplaçable. Ces quelques lignes donnent à voir une femme que la carrière ne résume pas entièrement, une présence humaine dont la perte dépasse largement le cadre de l'audiovisuel.
Delphine Serina repose aujourd'hui au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 44, là où Paris garde la mémoire de ses grandes figures artistiques.
Un héritage qui dépasse la filmographie
Mesurer ce que Delphine Serina laisse derrière elle est un exercice délicat, précisément parce qu'elle n'avait pas construit sa carrière dans la recherche de la postérité. Elle avait construit quelque chose de plus immédiat et de plus utile : une fiabilité absolue, une présence que les réalisateurs et les scénaristes savaient pouvoir compter comme un acquis dès lors qu'elle signait pour un projet.
Elle appartient à cette catégorie d'artistes sans lesquels la fiction française ne ressemblerait pas à ce qu'elle est. Ce ne sont pas nécessairement les têtes d'affiche qui façonnent l'identité d'une série ou d'un film, ce sont souvent ces seconds rôles habités, ces présences récurrentes qui donnent au récit sa texture et sa vérité. Delphine Serina était l'une de ces piliers invisibles. Sa discrétion face à la maladie prolonge naturellement cette image : une femme qui n'a jamais cherché à être au centre de quoi que ce soit, mais qui était indispensable à chaque chose à laquelle elle participait.
Delphine Serina : Conclusion
Delphine Serina n'aura pas eu le temps de tout réaliser. Le projet de film restera dans ses carnets, certains rôles ne verront pas le jour, et la carrière de scénariste qu'elle construisait patiemment est restée au stade de la promesse. Mais ce qu'elle a accompli en plus de vingt ans de métier suffit amplement à dessiner le portrait d'une artiste complète, rigoureuse et profondément humaine. Son cancer, combattu sans jamais se plaindre ni se donner en spectacle, dit quelque chose d'essentiel sur sa personnalité. Elle a choisi de rester debout jusqu'au bout, de continuer à créer, d'offrir encore et encore ce qu'elle savait faire de mieux : être là, pleinement, dans chaque scène, pour que les histoires des autres deviennent un peu plus vraies.
Vos questions fréquentes
Quelle est la cause du décès de Delphine Serina ?
Delphine Serina est décédée des suites d'un cancer qu'elle avait choisi de combattre dans la plus grande discrétion. La nature précise de sa maladie n'a jamais été communiquée publiquement, conformément à sa volonté de protéger sa vie privée jusqu'au bout.
Quels sont les rôles les plus connus de Delphine Serina ?
Elle est surtout connue pour avoir incarné Élisabeth Vieville dans Avocats et Associés pendant six ans et près de soixante épisodes sur France 2, et pour son rôle de Bérénice Paré dans Un si grand soleil. Sa carrière comprend également des passages remarqués dans Famille d'accueil, Commissaire Moulin, Fais pas ci fais pas ça et de nombreuses autres fictions françaises.
Quel âge avait Delphine Serina à sa mort ?
Elle avait 49 ans, étant née le 6 mai 1970 et décédée le 19 avril 2020.
Delphine Serina avait-elle des enfants ?
Oui, elle était mère d'un fils prénommé Giacomo, né de sa relation avec le réalisateur Franck Buchter.
Où est enterrée Delphine Serina ?
Elle repose au cimetière du Père-Lachaise à Paris, dans la division 44.
Delphine Serina a-t-elle fait du cinéma ?
Oui, en parallèle de sa carrière télévisuelle, elle a tourné pour des réalisateurs comme Élie Chouraqui, Jean Becker, Michel Blanc et Étienne Chatillez, et a partagé l'écran avec Alain Delon et Claudia Cardinale.
Delphine Serina était-elle également auteure ?
Oui, formée à l'atelier scénario de La Fémis, elle développait des projets d'écriture pour le cinéma et la télévision, dont un long métrage intitulé Mon île à moi, laissé inachevé à sa disparition.


