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Sur une étiquette, voir trois sels de magnésium au lieu d’un seul intrigue. Argument marketing ou vraie logique de formulation ? La réponse tient en une phrase : associer plusieurs formes ne rend pas le magnésium magiquement plus efficace, mais c’est la seule façon de sortir du compromis que tout fabricant rencontre entre la quantité de magnésium apportée, sa tolérance digestive et le nombre de comprimés à avaler.

Une précision avant d’aller plus loin : cet article porte sur la nutrition du quotidien chez l’adulte en bonne santé générale. Il ne s’adresse pas aux personnes suivies pour un cancer. Pendant un traitement, certains compléments peuvent interférer avec la prise en charge : la question se pose à l’oncologue ou au pharmacien hospitalier, jamais en autonomie.

Le compromis qu'impose un sel unique

Le magnésium n’existe jamais seul dans un comprimé : ce minéral chargé électriquement doit être lié à une autre molécule, qui donne son nom à la forme. Et chaque partenaire impose ses contraintes.

C’est exactement la construction retenue par le Magnésium (bis)glycinate de SwiLab, commercialisé sous le nom MagCalm, qui combine bisglycinate, glycérophosphate et citrate pour atteindre 330 mg de magnésium élément par jour, soit 88 % de la valeur de référence, répartis sur trois comprimés.

Beaucoup de magnésium, mal absorbé

L’oxyde est le champion de la concentration : environ 60 % de son poids est du magnésium. Un petit comprimé suffit donc à afficher un gros chiffre. Le problème apparaît à l’absorption. Une étude américaine ayant comparé quatre préparations du commerce a mesuré une absorption d’environ 4 % pour l’oxyde, très en dessous du chlorure, du lactate et de l’aspartate[1]. Un essai britannique en double aveugle mené pendant 60 jours chez 46 adultes est allé plus loin : l’oxyde ne se distinguait pas du placebo sur les marqueurs d’absorption, quand le citrate et le chélate d’acide aminé faisaient tous deux mieux[2].

Ce qui n’est pas absorbé ne disparaît pas : cela reste dans l’intestin et y attire l’eau. C’est le mécanisme de l’effet laxatif, et c’est aussi le critère unique sur lequel repose la limite de sécurité européenne de 250 mg par jour pour le magnésium apporté par les sels très solubles dans les compléments[3].

Bien toléré, mais peu concentré

À l’autre bout, les chélates d’acides aminés comme le bisglycinate sont réputés les plus doux pour l’intestin, mais ils ne portent qu’environ 14 % de magnésium en poids. Le glycérophosphate en contient environ 12 %, le citrate 16 %. Conséquence arithmétique : pour apporter une dose utile avec ces seules formes, il faut soit des comprimés très volumineux, soit plusieurs prises par jour.

Voilà le compromis. Un sel unique oblige à choisir son défaut : un produit concentré mais mal absorbé et laxatif, ou un produit bien toléré mais dilué.

Ce que change l'association de plusieurs formes

Ce qui est réellement documenté

Trois faits établis expliquent l’intérêt d’une formule combinée.

  • La dose et le fractionnement pèsent plus que le type de sel. Une revue de référence sur l’absorption intestinale du magnésium conclut que le rôle du sel est plus modeste qu’on ne le pense, tandis que la proportion absorbée augmente lorsque la dose est répartie en plusieurs petites prises dans la journée[4].
  • L’organisme ne stocke pas le magnésium en réserve mobilisable : il retient ce dont il a besoin et élimine le reste[4]. Étaler l’apport a donc plus de sens qu’une dose unique.
  • La tolérance conditionne l’observance. Un produit qui accélère le transit est abandonné au bout de quinze jours, ce qui annule tout bénéfice théorique.

Une formule multi-formes exploite ces trois points : elle utilise des sels organiques bien tolérés, répartit l’apport sur plusieurs comprimés, et n’a pas besoin de concentrer la dose dans une seule prise.

Ce qui n’est pas démontré, et qu’il faut cesser de lire

Aucun essai clinique n’a comparé une formule associant plusieurs sels à un sel unique, à dose de magnésium élément identique. Personne ne peut donc affirmer qu’un mélange est « mieux absorbé » qu’un bisglycinate seul : cette phrase, très répandue en rayon, n’a pas de support.

Ce qui est en revanche établi, c’est que deux produits portant le même nom de sel ne se valent pas. Des chercheurs belges ont testé 15 compléments du commerce sur un modèle de digestion, puis comparé chez 30 volontaires les deux formules aux profils les plus opposés : les écarts de dissolution étaient très larges et les courbes de magnésium sanguin nettement différentes après la prise[5]. La fabrication compte autant que le nom imprimé sur la boîte.

Le comparatif des formes

Forme
Oxyde
Magnésium marin
Citrate
Bisglycinate
Glycérophosphate
Magnésium élément
~60 %
40 à 60 % selon le mélange
~16 %
~14 %
~12 %
Absorption
Faible, environ 4 %
Faible, base d'oxyde et d'hydroxyde
Bonne, la mieux documentée
Bonne, famille des chélates
Bonne
Tolérance digestive
Effet laxatif fréquent
Souvent inconfortable
Correcte, laxative à forte dose
La plus douce
Douce
Rôle dans une formule
Gonfle le chiffre affiché à moindre coût
Argument « naturel », mêmes limites
Apporte l'absorption la mieux établie
Assure le confort digestif
Complète l'apport sans charger l'intestin

Les teneurs indiquées sont des valeurs de chimie, calculées à partir de la masse moléculaire de chaque sel. Elles expliquent pourquoi un produit à base de chélates se prend en deux ou trois comprimés quand un oxyde tient en un seul.

Magnésium Swilab

Les quatre chiffres à vérifier sur l'étiquette

  1. Le magnésium élément, pas le poids du sel. « 1 200 mg de bisglycinate » n’est pas « 1 200 mg de magnésium ». Seule la ligne « magnésium » compte.
  2. Le pourcentage des valeurs nutritionnelles de référence. Il situe l’apport par rapport au besoin. Les repères français de l’Anses, 380 mg par jour pour un homme et 300 mg pour une femme, servent de comparaison[6].
  3. Le nombre de prises quotidiennes. Deux ou trois comprimés répartis dans la journée sont le signe d’une formule pensée pour le fractionnement, pas un défaut[4].
  4. La nature des sels. Des formes organiques annoncées nommément valent mieux qu’un « magnésium » générique dont l’origine n’est pas précisée

À quoi ressemble une formule cohérente

Prenons l’exemple cité en introduction. MagCalm associe trois sels organiques, bisglycinate, glycérophosphate et citrate, pour un total de 330 mg de magnésium élément par jour, soit 88 % de la valeur de référence, sur trois comprimés. La formule y ajoute de la taurine, un acide aminé naturellement présent dans le muscle et le système nerveux.

Ce qui rend cette construction cohérente n’est pas le nombre de sels en soi, mais ce qu’il permet : un apport proche du besoin quotidien, obtenu sans recourir à l’oxyde, et réparti sur trois prises, ce qui correspond à ce que la recherche décrit comme le schéma le plus favorable à l’absorption[4]. Une formule qui atteindrait le même dosage avec un seul comprimé d’oxyde afficherait le même chiffre pour un résultat très différent.

Ce que le magnésium apporte, dans les termes autorisés

Quatre allégations européennes sont autorisées et suffisent à décrire l’intérêt d’un apport correct : le magnésium contribue à une fonction musculaire normale, à un métabolisme énergétique normal, à des fonctions psychologiques normales et à réduire la fatigue[7]. Ces formulations décrivent une contribution au fonctionnement normal de l’organisme, pas un traitement, et aucune formule, quel que soit son nombre de sels, ne permet d’aller au-delà.

Précautions d'usage

  • Pendant un repas, en deux ou trois prises : les protéines améliorent l’absorption, les fibres très riches en phytates la freinent[4].
  • À distance des autres minéraux à forte dose et de certains médicaments : le calcium, le fer et le zinc gênent l’absorption du magnésium[4] ; les notices de certains antibiotiques et des traitements de la thyroïde recommandent un décalage de deux à trois heures.
  • En cas d’insuffisance rénale, l’élimination du surplus se fait moins bien : aucune supplémentation ne se décide sans avis médical.
  • Sans excès : au-delà de la limite européenne de 250 mg par jour pour les sels très solubles apportés par les compléments, le seul effet attendu est une accélération du transit[3].

En résumé

Associer plusieurs formes de magnésium n’est pas un gadget, mais ce n’est pas non plus une preuve d’efficacité supérieure. C’est une réponse de formulation à un problème réel : atteindre une dose utile sans sacrifier ni l’absorption ni le confort digestif. Le bon réflexe reste le même devant n’importe quelle boîte : lire la ligne « magnésium élément », vérifier le pourcentage de la valeur de référence, compter les prises, et regarder quels sels sont réellement employés.

Sources

 

  1. Firoz M, Graber M. Bioavailability of US commercial magnesium preparations. Magnes Res. 2001;14(4):257-262. Absorption fractionnelle d’environ 4 % pour l’oxyde, nettement inférieure au chlorure, au lactate et à l’aspartate. PubMed, PMID 11794633
  2. Walker AF, Marakis G, Christie S, Byng M. Mg citrate found more bioavailable than other Mg preparations in a randomised, double-blind study. Magnes Res. 2003;16(3):183-191. Essai randomisé en double aveugle, 46 adultes, 300 mg par jour pendant 60 jours : citrate et chélate d’acide aminé supérieurs à l’oxyde, ce dernier ne se distinguant pas du placebo. PubMed, PMID 14596323
  3. Comité scientifique de l’alimentation humaine (SCF) / EFSA. Tolerable Upper Intake Levels for Vitamins and Minerals. Limite supérieure de sécurité de 250 mg par jour pour le magnésium des sels facilement dissociables apporté par les compléments, hors magnésium alimentaire ; effet critère retenu : diarrhée osmotique.
  4. Schuchardt JP, Hahn A. Intestinal Absorption and Factors Influencing Bioavailability of Magnesium: An Update. Curr Nutr Food Sci. 2017;13(4):260-278. Revue : le type de sel pèse moins que la dose et le fractionnement ; la proportion absorbée est plus élevée en prises réparties ; les fortes doses d’autres minéraux et les phytates freinent l’absorption ; le magnésium n’est pas stocké mais retenu selon les besoins. DOI : 10.2174/1573401313666170427162740
  5. Blancquaert L, Vervaet C, Derave W. Predicting and Testing Bioavailability of Magnesium Supplements. Nutrients. 2019;11(7):1663. Quinze produits du commerce testés in vitro, puis deux d’entre eux chez 30 volontaires : écarts de dissolution très larges et profils sanguins nettement différents. DOI : 10.3390/nu11071663
  6. Anses. Les références nutritionnelles en vitamines et minéraux. Rapport d’expertise collective, 2021. Apport satisfaisant en magnésium : 380 mg/j chez l’homme adulte, 300 mg/j chez la femme.
  7. Règlement (UE) n° 432/2012 de la Commission établissant une liste des allégations de santé autorisées portant sur les denrées alimentaires.