Il y a des destins qui marquent ceux qui les croisent. Béatrice Bellamy était de ceux-là. Députée de la Vendée, femme de conviction, bâtisseuse patiente d'un engagement public né très tôt, elle s'est éteinte le dimanche 24 mai 2026. Elle avait 59 ans. La maladie, un cancer, l'avait rattrapée alors qu'elle avait consacré une grande partie de son existence à en combattre les ravages. Il y a dans cette trajectoire quelque chose de terriblement humain et, à la fois, de profondément inspirant.
Des racines vendéennes et une vocation précoce
Béatrice Bellamy : son histoire
Béatrice Bellamy est née le 20 octobre 1966 à Nantes. Elle grandit pourtant à Cugand, un bourg de Vendée où son père exerce comme médecin généraliste et sa mère comme infirmière. La santé, dans cette famille, n’est pas un sujet abstrait. Elle est une réalité quotidienne, un service rendu aux gens du coin, une manière d’être au monde. Cette proximité quotidienne avec le monde médical semble avoir nourri très tôt son intérêt pour l’engagement public.
Sa formation la conduit vers la pharmacie. Elle débute comme préparatrice, puis évolue vers des responsabilités plus larges chez Pierre Fabre, où elle prend en charge la phytothérapie. Elle rejoint ensuite le groupe Sanofi, l’un des principaux groupes pharmaceutiques mondiaux, et y gravit les échelons jusqu’à devenir directrice régionale. Vingt-cinq ans dans le secteur pharmaceutique, c’est une école de rigueur, de compréhension des enjeux médicaux, et d’écoute des patients. Ce parcours professionnel n’est pas anodin. Il explique en grande partie la façon dont elle aborde plus tard ses mandats : avec méthode, sans dogmatisme, les yeux rivés sur les réalités concrètes.
Ses premiers pas en politique : Cugand, puis La Roche-sur-Yon
À 23 ans, Béatrice Bellamy se jette dans l’arène politique. Elle est élue conseillère municipale à Cugand, sa commune de cœur. C’est un premier pas discret, local, mais révélateur d’un caractère qui ne se contente pas d’observer. Elle veut agir. Les années passent, les responsabilités s’élargissent. En 2008, elle tente sa chance aux municipales à La Roche-sur-Yon sur une liste qui n’obtient pas suffisamment de sièges. Elle n’est pas élue. Un revers qui ne la décourage pas.
En 2014, elle réussit à entrer au conseil municipal de La Roche-sur-Yon sur la liste d’union de droite et du centre conduite par Luc Bouard. Elle y est reconduite en 2020. Sa délégation aux sports devient rapidement un laboratoire de ses idées. Elle défend une vision du sport comme vecteur de santé publique, comme lien social, comme outil de prévention. Ce n’est pas une posture : c’est une conviction nourrie par des années passées au contact du monde médical.
La Joséphine : quand une idée devient un symbole
En 2015, Béatrice Bellamy co-crée à La Roche-sur-Yon un événement qui va rapidement dépasser les frontières de la ville. La Joséphine, grande course et marche solidaire organisée chaque automne dans le cadre d’Octobre Rose, réunit chaque année des milliers de participants habillés de rose. L’objectif est simple et fort à la fois : lever des fonds pour la lutte contre le cancer du sein, sensibiliser le grand public, briser les tabous.
Le nom lui-même est chargé de sens. La Joséphine n’est pas n’importe qui : c’est une figure locale, une femme, une histoire. Et chaque édition de la course perpétue ce souvenir tout en lui donnant une portée collective. Béatrice Bellamy ne se contente pas de figurer sur les affiches. Elle assure, année après année, la promotion et le développement de l’événement. Elle court, elle mobilise, elle convainc les entreprises de s’engager et les habitants de chausser leurs baskets.
Cette course devient l’un des temps forts de l’automne yonnais. Onze éditions se succèdent, chacune plus attendue que la précédente. Des centaines de bénévoles, une marée de tee-shirts roses, des milliers d’euros collectés pour la recherche et le soutien aux malades. Béatrice Bellamy n’a pas inventé la lutte contre le cancer du sein, mais elle l’a incarnée localement avec une énergie rare. Et cette cohérence entre ses engagements privés et son action publique dit beaucoup sur la femme qu’elle était.
De La Roche-sur-Yon à l'Assemblée nationale
En 2017, elle tente une première percée nationale sous l'étiquette LR. Elle échoue. Mais elle ne renonce pas à l'idée d'une représentation plus large. Elle rejoint progressivement la majorité présidentielle, puis le parti Horizons fondé par Édouard Philippe. En juin 2022, elle franchit le seuil du Palais-Bourbon. Elle est élue députée de la deuxième circonscription de Vendée, celle qui couvre La Roche-sur-Yon sud et Talmont-Saint-Hilaire. Elle devance au second tour la candidate du Rassemblement National avec plus de 60 % des suffrages exprimés. Une victoire nette.
Ce siège, elle l'occupe à sa manière : sans éclat inutile, sans posture partisane exacerbée. Son équipe parlementaire la décrit comme une femme de terrain, attentive aux remontées du quotidien, soucieuse des Vendéens ordinaires plus que des débats théoriques. Elle est réélue en 2024, confirmant l'attachement de ses électeurs à ce style d'engagement assumé et humain.
Une commission d'enquête historique sur le sport
À l'Assemblée nationale, Béatrice Bellamy ne tarde pas à prendre ses marques. En 2023, elle préside la commission d'enquête sur les défaillances au sein des fédérations sportives françaises. Ce travail, mené avec la députée écologiste Sabrina Sebaihi comme rapporteure, aboutit à un rapport volumineux et sans concessions. La commission auditionne des dizaines de sportives et sportifs, des dirigeants de fédérations, des experts de la gouvernance associative.
Les conclusions sont sévères. Des violences physiques, sexuelles et psychologiques dans plusieurs disciplines. Des discriminations tolérées trop longtemps. Une culture du silence que les deux élues s'attachent à nommer clairement. Dans la foulée de ces travaux, Béatrice Bellamy lance avec Sabrina Sebaihi un dispositif de signalement baptisé "Balance ton sport", espace de recueil des témoignages de victimes de violences dans le monde sportif. Un outil concret, utile, qui prolonge l'enquête parlementaire par une action de terrain.
Cette capacité à transformer une investigation législative en dispositif pratique illustre bien sa façon de travailler. Elle ne s'arrête pas aux rapports. Elle cherche à ce que les mots produisent des effets réels sur la vie des gens.
Béatrice Bellamy cancer : Sport, santé et Jeux Olympiques
Son expertise du secteur pharmaceutique combinée à sa passion pour le sport lui vaut d'être sollicitée sur les grands dossiers de santé par le sport. Elle est chargée de dossiers liés à l'organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver de 2030. Encore une preuve de la confiance que ses collègues lui accordent sur ces sujets à l'intersection de la santé publique et de la politique sportive.
Elle s'implique aussi au sein du conseil d'administration dela Ligue nationale contre le cancer, bénévolement, en dehors de ses heures de mandat. Une cohérence totale entre ses combats privés et ses responsabilités publiques.
Le cancer : l'ennemi d'une vie, la maladie qui l'emporte
Il y a une ironie cruelle dans l'histoire de Béatrice Bellamy. Elle aura consacré tant d'années à combattre le cancer, à lever des fonds pour la recherche, à sensibiliser le public, à siéger dans des instances de lutte contre la maladie. Et c'est pourtant le cancer qui finit par l'emporter.
Depuis le début de l'année 2026, son entourage sait qu'elle est malade. Mais elle reste très discrète sur son état de santé. Elle continue à exercer son mandat, à répondre présente, à se préoccuper de ses collègues et de ses administrés avant de parler d'elle-même. Elle ne recherchait pas la lumière pour elle-même, même lorsqu'elle portait des combats très exposés médiatiquement. Son collègue Thomas Lam, élu dans les Hauts-de-Seine, témoigne de cette discrétion touchante. Elle s'inquiétait pour les autres alors même qu'elle livrait son propre combat en silence.
Quelques semaines avant sa mort, la maladie s'aggrave brutalement. Son équipe parlementaire le dit sans détour dans son communiqué : le cancer, qui s'était dans un premier temps assoupi, a resurgi avec une violence accrue. La force de vivre de Béatrice Bellamy n'a pas suffi à contenir la maladie. Elle s'éteint chez elle, entourée de sa famille, le 24 mai 2026 à l’âge de 59 ans. Elle laisse derrière elle un mari et deux fils.
Béatrice Bellamy : une mort qui fait écho à d'autres
Le destin de Béatrice Bellamy résonne douloureusement avec celui d'une autre députée de la même circonscription. Patricia Gallerneau, élue Modem en 2017, avait elle aussi été emportée par un cancer en 2019, à 64 ans. Deux femmes successives représentant la même circonscription vendéenne, deux vies fauchées par la même maladie. Une coïncidence tragique qui a profondément marqué la vie politique locale.
Les hommages d'une classe politique unanime
La nouvelle de sa disparition provoque une onde de tristesse sincère dans la classe politique française. Édouard Philippe, fondateur d'Horizons et ex-Premier ministre, salue une femme d'une générosité rare, aussi attentive à ses concitoyens qu'obstinée dans ses combats. Il rend hommage à son sourire, à sa gaieté, à cette façon qu'elle avait de rendre la politique humaine.
Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, annonce que l'institution lui rendra hommage officiellement. Elle évoque une femme de conviction, attachée à son territoire, qui laisse le souvenir d'une humanité authentique. Michel Barnier, ancien Premier ministre, souligne son engagement courageux sur les enjeux de prévention santé et de sport. Des mots sobres mais sincères qui traduisent le respect partagé de ses pairs.
Au-delà des hommages formels, ce qui frappe dans les témoignages recueillis, c'est la cohérence de l'image qu'elle laisse. Ceux qui l'ont connue au conseil municipal, ceux qui l'ont côtoyée à l'Assemblée, ceux qui ont couru à ses côtés lors de La Joséphine : tous décrivent la même femme. Chaleureuse, conviviale, animée par une énergie communicative, incapable de se résoudre à l'inaction.
Son siège ne restera pas vacant. Conformément à l'article LO 176 du Code électoral, son suppléant Dominique Paillat, maire de Saint-Germain-de-Princay, lui succède jusqu'aux prochaines élections législatives. La vie politique reprend son cours. Mais quelque chose manquera, assurément.
Un héritage qui dépasse son mandat
Ce qui restera de Béatrice Bellamy, c'est d'abord La Joséphine. Cette course rose d'automne sur les rues de La Roche-sur-Yon, c'est son œuvre peut-être la plus visible. Des milliers de personnes l'ont pratiquée sans forcément savoir qui l'avait imaginée. Un événement qui vit maintenant de lui-même, porté par des bénévoles passionnés et des associations locales investies. C'est le propre des belles idées : elles finissent par dépasser leur auteur.
Son héritage, c'est aussi la commission d'enquête sur les fédérations sportives et le dispositif "Balance ton sport". Des outils concrets que le mouvement sportif français utilisera encore longtemps, même si le nom de leur initiatrice tend à s'effacer avec le temps. C'est ainsi que fonctionne l'engagement politique : les traces qu'il laisse sont souvent plus durables que les mémoires individuelles.
Et puis il y a les Vendéens. Ceux qu'elle a représentés avec fierté, d'abord dans les conseils municipaux, ensuite au Palais-Bourbon. Ceux qui l'ont vue se battre pour le sport, pour la prévention, pour la parole des victimes, pour la dignité des malades. Ceux qui savent que leur territoire a perdu quelque chose d'irremplaçable.
Conclusion : une femme libre jusqu'au bout
Béatrice Bellamy est décédée comme elle a vécu, dit son équipe parlementaire. En femme libre et indépendante. Ce portrait, s'il fallait le résumer en quelques mots, serait celui d'une femme qui n'a jamais dissocié ce qu'elle pensait de ce qu'elle faisait. Fille d'un médecin et d'une infirmière, elle a passé vingt-cinq ans dans l'industrie du médicament avant de porter ses convictions en politique. Elle a créé une course pour financer la recherche contre un cancer qui l'a finalement tuée. Elle a présidé une commission sur les violences dans le sport, elle s'est battue pour les victimes silencieuses, elle a voté ses convictions même quand elles lui valaient des critiques.
Elle avait 59 ans. Un âge où l'on se dit que tout restait encore possible, que d'autres batailles attendaient, que les idées en gestation allaient enfin trouver leur expression. La maladie en a décidé autrement.
Ce que l'on retient, au fond, c'est une leçon de cohérence. Pas la cohérence des grands discours ni des postures médiatiques. La cohérence silencieuse et obstinée de ceux qui font, qui construisent, qui s'impliquent sans attendre qu'on les applaudisse. Béatrice Bellamy n'avait pas besoin des projecteurs. Elle avait besoin d'agir. Et elle l'a fait, jusqu'au bout.
La Vendée perd l'une de ses voix les plus sincères. La République perd une élue qui croyait encore que la politique pouvait changer des vies concrètes. Et La Joséphine, chaque automne, continuera de courir pour elle.



